Apéro géant et droit: Facebook, pour une fois, n’y est pour rien!
Publié par Willy Duhen • le 14 mai 2010
Chronique / Opinion
Un jeune se tue dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, le 12 mai 2010, en revenant d’un apéro géant organisé dans le centre de Nantes, dont les invitations ont été, en partie, envoyée via Facebook et un groupe du réseau social. Après les néo-nazis, les pédophiles et les méchants pirates de musique et de vidéos, voilà que Facebook est le repère des organisateurs de beuveries provoquant la mort!
Arrêtons-là tout de suite les amalgames, les raccourcis journalistiques et politiques et revenons sur les faits, avant de les analyser et de dire n’importe quoi comme l’ont déjà si bien faits journalistes peu scrupuleux et politiques toujours à côté de la plaque.
Un apéro géant a été organisé dans le centre-ville de Nantes mercredi 12 mai, réunissant environ 9.000 personnes, encadrées par des services de police et d’assistance médicale. Au cours de la soirée, une quarantaine d’arrestations ont eu lieu pour du trafic de stupéfiants, des vols, de l’ivresse manifeste et quelques violences. Notons, au passage, qu’il n’y a pas eu d’arrestation pour dégradation de biens publics ou de vandalisme!
Bref, un jeune, revenant de cette soirée, a escaladé un pont puis en est tombé, vers les 3h15 du matin puis décède quelques heures plus tard. Cet accident n’a rien à voir avec la soirée, puisqu’il a eu lieu après.
Alors, qu’est-ce qu’on fait? Une partie des médias ont décidé de dire que c’est la faute à ce méchant Facebook, à ces réseaux sociaux numériques, repère des plus crapules âmes de la cité, une sorte de vieille taverne aussi défraîchie que la patronne… Mais pourquoi? Là, on ne sait plus trop… c’est de ce site que sont parties les invitations; et alors? Lorsque j’invite des amis chez moi et si par malheur ils venaient à avoir un accident sur la route du retour, suis-je responsable? Lors d’un mariage, en accuseront-on les mariés d’avoir causé le commas éthylique de l’oncle par alliance qui a fini la tête dans la fontaine? Ou encore, est-ce la faute des politiques si, en allant voter pour eux, je me fais renverser par une voiture sur un passage piéton? Si je décide de sauter du haut d’un pont, est-ce de la faute de la personne qui m’a dit pas passer par là pour gagner quelques minutes?
Bien, vous l’aurez compris, il ne faut ici pas faire d’amalgame mal venu et, en tant que juriste, le lien de causalité n’est pas prouvé ni visible entre Facebook, le relai des invitations à l’apéro géant et la chute du jeune homme du haut d’un pont. Oui, le lien de causalité est indispensable pour prouver une responsabilité, même sans faute! Il faut que l’un est influé sur l’autre. Alors, est-ce que si les invitations avaient été envoyées par tracts, bouche à oreille, l’accident aurait été évité? Nul ne peut le dire, mais la rhétorique permet d’imaginer que le lien est tellement léger que Facebook n’est pas responsable de cet accident.
La responsabilité médiatique est de faire en sorte de ne pas prendre des raccourcis et de laisser Facebook à ses problèmes de respect de la vie privée et de confidentialité.
D’ailleurs, si l’on éviter tout cela, c’est au préfet de prendre la décision d’annuler un tel événement, comme c’est le cas dans d’autres villes. On pourrait ainsi mettre en cause les pouvoirs publics dans cet accident en ce qu’ils n’ont pas fait en sorte d’assurer la sécurité des citoyens lors d’une manifestation qu’il n’a pas interdit. (si on joue au con, on peut aller loin!). Et sinon, étonnant, pas d’arrestation suivant l’article L.3341-1 du code de la santé publique: « Une personne trouvée en état d’ivresse dans les rues, chemins, places, cafés, cabarets ou autres lieux publics, est, par mesure de police, conduite à ses frais au poste le plus voisin ou dans une chambre de sûreté, pour y être retenue jusqu’à ce qu’elle ait recouvré la raison. » en ce qu’elle trouble l’ordre public. Nous savons d’ailleurs, de source sûre, qu’il y avait du Coca et du Sprite à cette soirée, quid de l’alcool
?
Bref, on pourra toujours trouver des raisons pour interdire ce genre de manifestation pouvant causer une gène, mais pas condamner un relai d’information (Facebook) dans le décès accidentel d’un participant retrant chez lui après cette soirée…





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