Responsabilité des hébergeurs : le cas du blog

Publié par Willy Duhen • le 10 juillet 2008

Dans une décision du 12 décembre 2007, Inc. voit sa responsabilité d’ engagée pour ne pas avoir signalé un au contenu illicite et pour ne pas avoir rempli son obligation de conservation des données d’identification de l’éditeur.

Retour sur l’affaire

Une personne au nom mystérieux d’Anglela Brozzi, a prétendu avoir pour mission de réaliser des séances photos de lingerie et maillots de bain pour la collection Benetton. La fausse information était diffusée sur deux blogs, l’un hébergé par Microsoft, l’autre par . Elle demandait aux personnes intéressées d’envoyer leurs photos en tenue légère en guise de casting.

La marque Benetton a effectué les mises en demeure (prévues dans l’article 6.I.5 de la LCEN) afin de mettre un terme aux agissements illicites. Microsoft a automatiquement fermé l’accessibilité au tandis que s’y est refusé.

Les 3 et 4 mai 2007, Inc. et France ont donc été assignés devant le des référés de Paris par la société de prêt-à-porter. Il a fallu attendre l’ordonnance de référé du Tribunal de grande instance de Paris Ordonnance de référé 29 mai 2007 rendue par le TGI de Paris, en date du 29 mai 2007, pour que s’engage à empêcher l’accès au incriminé sous dix jours.

a fait appel en considérant que le caractère illicite du contenu ne lui apparaissait pas de manière manifeste et ce, même avec la notification envoyée par Benetton.

Ainsi, dans un arrêt du 12 décembre 2007|Cour d’appel de Paris 14ème chambre, section A Arrêt du 12 décembre 2007 la cour d’appel de Paris a confirmé la décision du Tribunal de grande instance de Paris Ordonnance de référé 29 mai 2007 Elle estime que , en ne retirant pas le , avait engagé sa responsabilité civile à compter du 3 mai 2007. Il s’agit de la date où l’ a reçu la notification du caractère illicite d’un article du .

Conclusions de l’arrêt

Cour d’appel de Paris 14ème chambre, section A, Arrêt du 12 décembre 2007

  • Supprimer ou rendre inaccessible un contenu qui lui a été déclaré illicite (et non pas attendre l’appréciation des juges.
  • Conserver les données d’identification des éditeurs amateurs d’un site.
  • L’ qui est détenue par l’ ne suffit pas car elle permet seulement de déterminer un utilisateur.

Pour aller plus loin…

Cet arrêt reste conforme avec la LCEN puisque la responsabilité de l’ n’est mise en cause qu’à partir du moment où il a été averti du caractère illicite d’un contenu.

Contrairement à d’autres jurisprudences récentes (Dailymotion, Google), l’ de est dégagée de toute responsabilité éditoriale. Ce qui est néanmoins surprenant, c’est que a refusé de retirer le en question parce qu’il jugeait que les propos ne nuisaient pas à la marque Benetton. En décidant autrement, les juges considèrent que l’ n’a aucun de regard et n’est pas compétent pour juger de la légitimité d’une notification d’un article à caractère illicite.

On peut ainsi comprendre, concernant le , que l’ n’a vraiment aucun rôle éditorial dès lors qu’il se contente de fournir une plateforme technique.

Par ailleurs, ce genre de jugement ne serait-il pas nuisible à la liberté d’expression ? En effet, dès lors qu’une notification est faite, l’article incriminé doit être retiré immédiatement. On peut envisager, dans la plus stricte tradition française, qu’à partir du moment où une personne n’est pas contente d’un article, elle en demande le retrait. D’après cette décision, elle aurait gain de cause du moment qu’elle apporte une preuve, infime soit-elle, du caractère illicite ou faux de l’article.

Il semble donc que l’application de la LCEN soit très délicate en fonction du type d’ qui est mis en question. Les jurisprudences récentes ont vu se succéder les hébergeurs de vidéos, de forums et maintenant de blogs…

La clarification du statut de l’ est actuellement en cours malgré les grandes difficultés rencontrées… À suivre…

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A propos de l'auteur : Willy Duhen

Fondateur de Legaletic, responsable juridique de la société Autrement, doctorant en droit des NTIC et diplômé de Science-Pô, Willy Duhen travaille sur les questions de responsabilité et de gouvernance liées à la pratique de l’Internet et des NTIC. Autodidacte et passionné par les NTIC, Willy propose aussi des missions juridiques.

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Une Réponse »

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par JuriBlogSphere, Willy Duhen. Willy Duhen a dit: RT @iwilex Responsabilité des hébergeurs : le cas du blog http://retwt.me/1ja8R [...]

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